samedi 4 décembre 2010

HOMÉLIE DU DIMANCHE 05 dec. 2010

Dieu et notre Seigneur Jésus

Des gens qui sont des spécialistes de l’Écriture ont eu la tentation d’opposer la rigueur et la sévérité de l’Ancien T. à la miséricorde et à la douceur dans le Nouveau T. Ils ont mis en opposition le Dieu du ciel, lointain mystérieux, et Jésus, plus proche de nous. Ce passage de l’Evangile, comme d’ailleurs certaines paroles assez fortes de Jésus, met en défaut cette lecture un peu simpliste. Dans l’A.T. comme dans le Nouveau, nous trouvons la force et la bonté, la rigueur et la patience, la sévérité et la miséricorde de Dieu. L’Écriture, l’Ancien et le Nouveau T. forme un tout; elle est une, car c’est le même Dieu qui s’y révèle, qui nous aime et qui veut nous sauver. C’est vrai encore aujourd’hui.

Comme le dit s. Paul dans la lettre aux Romains: “Tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire”. Mais alors, comment concilier, comment réconcilier cette image d’un Dieu sévère et exigeant, tel que nous le présente aujourd’hui Jean-Baptiste, avec le Dieu de tendresse et de bonté, le Prince de la Paix, la douce Lumière que nous annonce le temps de l’Avent? Dieu aurait-il deux visages, serait-il un Dieu imprévisible et changeant? Certainement pas. Si quelqu’un est bien fidèle et plein d’amour, c’est bien notre Dieu et notre Seigneur Jésus. L’Écriture ne nous révèle pas un Dieu ayant un double visage. Mais elle nous montre les diverses facettes d’un même amour qui se dévoile dans l’infinie diversité de nos existences humaines.

Vous le savez, vous les parents, peut-être les mères en particulier. Si vous avez de temps en temps, quelque parole un peu forte, si vous corrigez parfois avec un peu de rigueur vos enfants, ce n’est pas par manque d’amour, mais c’est parce que votre amour est plus grand que votre besoin d’être aimés. Vous savez que l’amour veut d’abord le bien de l’autre, avant de rechercher sont propre avantage. Certains événements de la vie, les passages difficiles, les épreuves nous font souffrir, c’est vrai. Nous pouvons en ressentir des malaises, même des ressentiments à l’égard de Dieu... Nous aurait-il abandonné? Aurait-il fermé ses entrailles de miséricorde? Certainement pas. Mais comme le dit le psaume, il nous est bon parfois d’être un peu secoués, pour découvrir que nous faisons fausse route, que nous risquions même de nous perdre. Dans sa tendresse, Dieu ne nous abandonne pas à nos caprices, à nos paresses. Il nous reprend, nous corrige, nous bouscule même, parce qu’il nous aime. Nous avons sans doute fait l’expérience de ces amours pleins de force et d’exigence, de bonté et de miséricorde, qui ne sont jamais fatigués de nous relever, de nous consoler quand nous étions dans la peine, de nous secouer quand nous risquions de sombrer dans le sommeil ou même dans l’oubli.

Jean-Baptiste, comme tous les prophètes de l’A.T., est le signe de cet amour infatigable de Dieu pour chacun de nous. Notre monde n’a-t-il pas besoin d’être aussi réveillé, secoué, lui qui glisse si facilement dans le matérialisme et l’indifférence. En nous rappelant, avec insistance, que Dieu nous aime de cet amour fort et bienveillant, l’Église nous redit à quel point nous sommes importants pour Lui, quelle valeur infinie nous avons à ses yeux. Il ne veut surtout pas nous perdre, perdre un seul de ces petits. Car il a donné sa vie pour nous. Son amour dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.

Alors, même conscient de cela, ce n’est pas demain la veille “qu’il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu” dans nos sociétés. Nous ne pouvons ignorer la multiplicité, la diversité et la complexité des personnes et des situations actuelles. L’arrivé de la justice et de la paix entre tous les humains ne va pas de soi. Mais si, personnellement, nous acceptons de nous laisser changer, transformer, le monde peu à peu changera. L’Avent est un temps d’arrêt dans le bruit de notre vie pour nous permettre de prendre conscience du nécessaire changement de notre coeur. Personne ne peut le faire à notre place.

Bien sûr, la conversion n’est jamais accomplie une fois pour toutes. Nous pouvons manquer de confiance et nous décourager. Nous sommes des êtres fragiles, désireux de nous mettre en valeur ou de faire comme les autres pour ne pas nous attirer de critique. Mais il nous faut tenir bon “grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture” comme dit s. Paul. Et la Parole nous affirme que Dieu garantit ses promesses. Reconnaissons que nous avons besoin de la grâce de celui qui vient vers nous. C’est elle qui nous incite, dès maintenant, à puiser dans les forces qui nous habitent et à ouvrir la route à celui qui vient. Ainsi, nous serons en mesure d’accueillir et de vivre pleinement la joie de Noël.

Donc, souvenons-nous que nous sommes en Avent. Ce temps nous renvoie aussi à l’avènement final du Christ. Y a-t-il un espace dans ma vie qui est ouvert à la venue du Christ ressuscité, terme l’histoire humaine et de la mienne. Est-ce que j’y pense de temps en temps? Sur les jeunes, et même sur les vieilles souches, peut surgir un rejeton plein de vie. Quel secteur de ma vie a grand besoin d’être régénéré? Dimanche prochain nous vivrons un temps de pardon et de réconciliation.

vendredi 12 novembre 2010

HOMÉLIE DU DIMANCHE 14 NOV 2010

L’ANNONCE DE LA FIN DU MONDE

Comme si tous les malheurs actuels ne suffisaient pas.... Comme si la crainte du réchauffement de la planète, les menaces terroristes, les désastres écologiques, la pollution, les inondations les rumeurs de guerre, etc... vous allez dire: pourquoi l’évangile vient en rajouter avec l’annonce de la fin du monde? Pour nous aujourd’hui, quel sens peuvent avoir ces lignes ce matin? Comment çela a pu avoir du sens pour les personnes de toutes les époques qui ont entendu ces paroles (car il y a toujours eu dans le passé des malheurs, en quelque part sur la planète.)

C’est plutôt un avertissement que nous fait Jésus. “Ne vous laissez pas égarer, car beaucoup viendront en mon nom... Ne marchez pas derrière eux!”. Cette mise en garde est toujours d’actualité: notre époque a vu apparaître toutes sortes de gourous qui abusent de la naïveté des gens. Des faux christs qui utilisent les catastrophes actuelles pour dominer et entraîner certaines personnes plus fragiles ou angoissées sur des chemins sans issue, sinon pour profiter de leur porte-monnaie. Depuis les années 60 c’est par centaines qu’on dénombre les groupes sectaires au Québec et parmi eux des spécialistes en prédiction de la fin des temps. “Ne vous laissez pas impressionner”, dit Jésus. Que penser de la prédiction de la fin du monde pour le 21 décembre 2012?

Comme les disciples émerveillés par la beauté du temple de Jérusalem (une des merveilles du monde à l’époque) nous admirons nous autres aussi les prouesses de la technique actuelle: la diffusion de l’internet, l’électronique miniaturisée, la conquête spatiale, les miracles des nouvelles méthodes de chirurgie, etc... et pourtant il y a des fragilités dans tout cela. La distance croissante entre les riches et les pauvres, les licenciements, les scandales financiers sont un danger pour l’équilibre social et mondial; quand la justice est bafouée, la paix est menacée. Nous sommes plus vulnérables qu’il paraît: une panne électrique générale, une inondation, un ouragan, un nouveau virus plus résistant et l’édifice est secoué. La menace terroriste fait trembler bien des pays. La perte des repères et des valeurs morales cause le désarroi de bien des personnes, dont des jeunes qui ne savent plus distinguer entre le bien et le mal, le virtuel et le réel. Dans nos vies bien des choses peuvent basculer du jour au lendemain. La vie est si fragile... on le chante à la radio!

L’Évangile nous invite donc de façon pressante à rechercher le roc solide de la foi et de la Parole de Dieu pour appuyer nos vies. Notre assurance vient du Seigneur. C’est par votre persévérance, votre constance que vous obtiendrez la vie. “N’ayez pas peur”.. c’est aussi la parole prophétique de Jean-Paul II au tout début de son pontificat. Elle rejoignait celle de Jésus à ses disciples avant son grand départ. Il s’agit entre-temps de rendre témoignage sereinement, positivement de ses convictions, même si elles causes des rires ou des moqueries. “Tu crois encore à ça, toi!” Dans ces moments-là ne vous préoccupez pas trop de trouver les mots, il vous sera donné un langage de sagesse qui vous surprendra vous-mêmes. Ça vous est peut-être déjà arrivé. “.Ne craignez pas, relevez la tête, votre délivrance est proche” dit Jésus!

Le témoignage le plus convaincant n’est pas celui des discours éloquents, mais celui des actes. C’est le sérieux apporté à nos tâches quotidiennes, une certaine détente et une joie de vivre, la confiance en l’avenir, qui parlent le plus fort. S. Paul reprochait justement à de jeunes communautés de s’être laissées démoraliser à cause d’une attente mal comprise du retour du Seigneur.

La destruction du temple qui est arrivée effectivement dans les années 70 n’a rien changé dans l’attitude de Dieu à l’égard de ses enfants. Il est resté fidèle à son alliance. Même, il a édifié désormais un nouveau temple, c’est le grand Corps de Jésus ressuscité dont nous sommes les cellules, les pierres vivantes. Jésus nous appelle donc à la paix intérieure, à la sérénité! Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu: consolant pour ceux qui en ont moins...

L’Eucharistie nous aide à tenir bon dans nos convictions. Elle fait grandir notre union avec le Seigneur et entre nous. Elle nous aide à devenir des signes de sa présence au milieu d’un monde inquiet. Elle contribue à construire le nouveau Temple spirituel où Dieu est adoré en esprit et en vérité.... c’est l’Église, la communauté que nous formons. Par ailleurs, avouons-le, une Église elle aussi fortement secouée....

En fait, nous assistons plutôt à la fin d’un monde, d’une époque: aussi, à la fin d’une manière de faire Église. A nous de travailler à faire venir le Jour du Seigneur, d’inventer une nouvelle manière de vivre en paroisse, dans des regroupements dont on n’a pas le choix mais qu’il faut inventer. Tout en nous engageant pour plus de justice, pour contrer les préjugés, en dénonçant les combats d’arrière garde. Rappelons-nous les paroles de Jésus: “Je vous inspirerai moi-même un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance, ni contradiction,... C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie...”

mercredi 3 novembre 2010

HOMÉLIE DU DIMANCHE 7 NOV 2010

LA VIE APRES LA MORT

Le mois de novembre nous offre l’occasion de réfléchir un peu plus sur la mort. On a beau chasser de notre esprit cette perspective obligée, elle est toujours là. Accident, suicide, cancer, etc. Dans une même famille l’un meurt à trente ans, l’autre à 90 ans; celui qu’on considérait comme un bon gars meurt jeune, l’autre qui a une vie déréglée semble immortel. On dit: c’est pas juste. Le vieillard malade depuis longtemps dira: le bon Dieu m’a oublié!

Autrefois la mort était marquée par la crainte du jugement, la peur de l’enfer. Les rites funéraires étaient austère, tragiques. “Dies irae, dies illa” chantions-nous, “jour de colère que celui-là!” L’église des funérailles était tapissée en noir de même que les vêtements liturgiques. Aujourd’hui c’est le contraire. On dit plutôt: la personne est partie pour un monde meilleur. On a tendance à atténuer l’idée du deuil, de la rupture. On célèbre davantage la vie de la personne défunte. Au salon, on va projeter des photos qui la montrent lors d’un repas, jouant au golf ou avec ses petits enfants.

Autrefois on cultivait beaucoup la mémoire: un long temps de deuil, messes anniversaires, visites nombreuses au cimetière. Maintenant il arrive qu’on veuille faire vite, comme pour chasser un mauvais souvenir: quelques heures au salon ou à l’église, corps non exposé, incinération. On ne célèbre plus la mort, on l’expédie. Une enquête tend à révéler qu’une personne sur trois décédée au Québec ne ferait l’objet d’aucun rite formel de funérailles. Beaucoup de cendres ne sont jamais réclamées par les proches du défunt ou encore dispersées au vent dans un coin de nature; ce qui indique l’indifférence des vivants à l’égard de leurs morts ou du moins l’inconfort d’y penser. Et il nous reste quand même une question brûlante, lourde de sens, autrement profonde, sur la signification de l’existence humaine: y a-t-il une vie après la mort?

Il est difficile de nous représenter une vie après la vie sans puiser dans les réalités de la vie actuelle. On rêve de paysages luxuriants, à des îles enchantées, à des parties de chasse ou de pêche fabuleuses. Chacun s’invente un ciel selon ses pulsions ou ses désirs. Les musulmans parlent d’un jardin de délice avec de jeunes vierges... Ou encore, quelqu’un qui croyait à la réincarnation disait: je vais pouvoir revenir pour utiliser les nouveaux gadgets toujours plus performants qu’on voit dans les films de science-fiction, les voyages dans l’espace... l’autre plus prosaïque disait: je vais pouvoir retourner chez McDonald!

Quel lien avec l’Évangile d’aujourd’hui? Justement, des gens qui ne croyaient pas à la résurrection, les sadducéens, imaginaient celle-ci comme une copie de la vie présente. La loi de Moïse obligeait un jeune frère à épouser la veuve de l’aîné, si celui-ci était mort sans laisser d’enfant. Engendrer un enfant, pour les juifs, c’était comme prolonger son existence. Mourir sans enfant c’était comme disparaître définitivement. Alors on tentait de ridiculiser Jésus avec ce cas où sept frères auraient épousé la même veuve... on imagine quelle belle chicane une fois rendus au ciel.... Jésus leur dit: quand je vous parle de résurrection, vous n’avez rien compris. La résurrection des corps ça ne veut pas dire la réanimation d’un cadavre une fois rendu dans l’au-delà ou à la fin des temps. C’est l’accomplissement de toute la personne, corps et âme, esprit et mémoire, dans une vie transformée. Il faut parler de toute la personne vivant dans la lumière et la paix de Dieu. Quand on parle de corps dans la langue de Jésus on désigne toute la personne et non le soutien matériel seul, physique, qui se détruit.

On risque dans la pensée courante d’imaginer l’autre monde comme une amélioration du monde présent: plus de santé, plus de confort, plus de plaisirs, plus de musique, etc... mais l’expérience sérieuse de notre vécu devrait nous conduire vers d’autres horizons. Qu’est-ce qui est essentiel dans la vie: est-ce posséder une maison, une grosse voiture, ramasser de l’argent? Toutes sortes de choses qu’il faut quitter un jour: la maison vers un appart ou le CHLD, la voiture pour la marchette, le compte de banque pour le testament. Ce qui reste vraiment ce sont les relations que nous avons tissées: les amitiés, les amours, la tendresse donnée, les pardons accordés, l’espérance semée et les joies partagées. Il faut une vie pour apprendre cette leçon, pour passer de l’environnement des choses matérielles à la transparence de l’amour, de l’accueil, de la bonté. C’est de ces réalités que l’au-delà est fait. Ce sont elles seules qu’on apporte avec nous, celles qui ont modelé notre vraie personnalité et qui survivent dans la résurrection. En somme, il faut traverser la vie pour finalement rencontrer Dieu. Celui que Jésus appelle “Père”, le Dieu des vivants.

La résurrection, c’est vivre en Dieu, comme une planète autour du soleil, entrer dans son attraction, y trouver la plénitude, toute notre personne étant transformée. Il n’y a pas de mots pour dire cela. Des fois, une perception ou une expérience peut en donner un petit aperçu, un flash, comme dans un grand amour, devant un coucher de soleil, la beauté d’une fleur ou d’une mélodie. Certains grands musiciens ont créé des œuvres qui nous amènent près de l’éternité. Dans la foi, on peut saisir alors que la vie éternelle est déjà commencée, car en Dieu, même fragiles et mortels, nous recevons des bribes de cette vie. Nous sommes filles et fils du Père, héritiers de la résurrection. C’est normal qu’on reçoive de petits avant-goûts de notre héritage. Gardons l’oeil ouvert et surtout donnons plus de place dans nos vies à la Parole de Dieu qui, sans le décrire, nous dit des choses importantes sur l’au-delà.

vendredi 22 octobre 2010

HOMÉLIE DU DIMANCHE 17 oct 2010

Le 17 octobre 2010, Canonisation du saint Frère André

Quand on contemple l’Oratoire Saint-Joseph, au sommet du Mont-Royal, et son dôme qui se découpe dans le ciel, on est impressionné par le caractère grandiose d’une telle réalisation. Et ensuite, quand on évoque en contraste le profil du personnage du frère André à qui revient la paternité de cet édifice, le plus grand sanctuaire au monde dédié à Saint-Joseph, on est forcé d’admettre qu’il existe des oeuvres de grande envergure qui relèvent d’une intelligence bien différente de la logique marchande des méga-promoteurs de ce monde. Pensons au projet du maire Labaume, au toit du stade olympique, aux subventions souvent requises de nos gouvernements. Rien de tel de la part du Frère André. Même, l’Évêché de Montréal était réticente à l’idée d’investir là-dedans.

Alfred Bessette, un Québécois pure laine, est né à Saint-Grégoire d’Iberville; il est devenu celui que nous nommons le Frère André en 1870. Il est canonisé aujourd’hui à Rome. Belle coïncidence, car ce 17 octobre c’est aussi la Journée mondiale du refus de la misère. Pour avoir plongé dans la foi, il a obtenu la médaille d’or: c’est la consécration de la réussite d’une vie.

De santé fragile et assez petit physiquement, mesurant à peine 5 pieds, orphelin de père à 9 ans et de mère à 12 ans, il se retrouve sur le marché du travail à 15 ans, sans trop de préparation au niveau scolaire. Il occupe des emplois assez humbles: garçon de ferme, journalier, manoeuvre, apprenti; le futur bâtisseur de cathédrale ne possède certainement pas l’allure d’un gagnant. Pendant une dizaine d’années il exerce une série de petits boulots dans sa région. Puis comme beaucoup de ses concitoyens il émigre aux USA où il travaille dans les “factries”, les filatures. Il incarne le profil socio-économique de beaucoup de canadiens-français de cette époque.

Il est de tempérament sociable, réaliste et faisant tous les efforts pour assurer sa subsistance; il vit quand même avec le sentiment qu’il n’était pas fait pour ce genre de travail. Dès l’enfance, on le retrouvait souvent en prière. Les gamins du village l’appelle le “fou de Saint-Joseph”. Il prend enfin la décision d’entrer dans la congrégation de Sainte-Croix. Le curé de sa paroisse qui va le recommander, écrivait à la communauté: “Je vous envoie un saint”. En voilà un qui voyait clair! Quasi illettré, il finit par être accepté. Il occupera toute sa vie la tâche de portier du collège. Il dira: “ils m’ont accueilli mais il m’ont mis à la porte et j’y suis resté toute ma vie!” C’est là qu’il reçoit les pauvres, les quêteux, les malades. Il prie pour eux, cherche à les relever à la manière de Jésus. Il les invite aussi à faire leur part, à y mettre du leur... d’où sa réputation d’être un peu exigeant, un peu grognon. Mais c’est là que commencent les miracles, à son corps défendant. “Ce n’est pas moi, c’est saint Joseph qui fait ça!” Il sera vite reconnu comme un thaumaturge, à qui des milliers de guérisons inexplicables seront attribuées. Il n’avait pas d’autres stratégies d’intervention que la prière et la dévotion à saint Joseph. Ça pouvait prendre la forme symbolique de médailles ou de petits flacons d’huile. Mais il est lucide sur l’efficacité de tout cela; ce sont d’humbles moyens qui deviennent des expressions de foi. “Il faut de la foi pour se frictionner avec de l’huile de saint Joseph”. De sa part, il prie très tard dans la nuit. A un confrère qui l’entendant prier durant la nuit, lui suggère plutôt de dormir à cette heure, il réplique: “Si vous saviez dans quel état sont les gens qui se recommandent à moi, vous ne me demanderiez pas ça!” Il avait la conviction absolue que le bon Dieu s’occupe des petits et des pauvres, qu’il n’abandonne personne, qu’on peut tout demander à saint Joseph et que celui-ci peut tout obtenir de Jésus... “on ne refuse rien à son père!” Il n’y a pas d’autres secrets d’entreprise que celui-là, pour rendre compte des miracles du frère André. Sans parler des constructions qui vont bientôt commencer à s’édifier.

Dans le Québec pauvre et misérable de son époque auquel il s’était profondément identifié, il a contribué à aider les siens à garder espoir. La preuve, c’est un million de personnes, le tiers de la population du Québec d’alors, qui vont gravir le Mont-Royal pour défiler devant sa dépouille à sa mort en janvier 1937. Les gens l’avaient déjà canonisé dans leurs coeurs.

Aujourd’hui encore sa canonisation par Rome peut nous redonner un peu d’espoir. Au moment où la mondialisation transforme la planète en un immense marché, où les riches deviennent plus riches et les pauvres sont plus vulnérables et plus pauvres, l’histoire de sa vie nous signale qu’il y a une autre logique que celle de l’argent et du profit, qu’un autre monde est possible, celui du partage et de la gratuité.

Pour lui pas de spéculations financières; son oeuvre s’édifie sur la foi, l’écoute des besoins des pauvres et la mobilisation des fidèles. L’Oratoire va s’élever lentement par étapes successives, de simple abri en chapelle, de chapelle en église, puis en une immense basilique. Tout cela à l’aide de sous récoltés progressivement, en partie chez les pauvres.

La canonisation du Frère André nous fait entrevoir qu’il existe encore aujourd’hui des bâtisseurs et des bâtisseuses qui refusent la misère, qui sont animés par la foi et l’espérance, aussi par la certitude de vaincre. Le fondateur du mouvement ATD Quart-Monde disait: S’unir pour faire respecter les droits des personnes est un devoir sacré”. Le 17 octobre 2010 sera vraiment une date lumineuse sur la terre comme au ciel. Vive le Frère André, vive toutes formes de lutte contre la pauvreté! Aussi bon succès à la marche des femmes contre la misère!

lundi 11 octobre 2010

HOMÉLIE DU DIMANCHE 10 oct 2010

DIRE MERCI

Chaque année, le 2e lundi d’octobre, c’est la fête civile de l’Action de grâce. Après les couleurs de l’automne, le temps des récoltes est à peu près terminé. La nature a été encore une fois très généreuse en variétés et en saveurs. Nous sommes invités à laisser monter vers Dieu un grand merci pour tous les fruits de la terre et tout ce que nous recevons de la vie. Dire merci n’est pas aussi naturel qu’on le pense. Nous avons appris tout jeunes à dire merci. C’est une affaire d’expérience et d’éducation. Pensons à cette question que les parents adressent si souvent à leurs enfants: “Qu’est-ce qu’on dit?”

Il y a des mercis polis sans plus, des mercis de convenance, des mercis empressés et sincères. Ils n’ont pas tous la même valeur. Il y a des mercis du bout des lèvres, d’autres qui nous tournent vers le prochain pour lui exprimer sincèrement notre appréciation. Dire merci est à la fois de la gratitude pour le don reçu et de la reconnaissance envers la personne qui donne. Voyons quelques exemples dans les lectures de ce dimanche.

La première lecture nous présente Naaman, un général syrien qui était lépreux. Un étranger et un païen en plus. Après avoir accompli, non sans quelques réticences, ce que lui demandait le prophète Élisée et constaté que la lèpre l’a quitté, il exprime sa reconnaissance envers celui qui est à l’origine de sa guérison. Pour lui, dire merci ce n’est pas seulement une politesse. Il remercie, mais il reconnaît que le don qu’il a reçu vient de Dieu. Sa reconnaissance est en même temps un acte de foi. “Je le sais désormais: il n’y a pas d’autre Dieu sur toute la terre que celui d’Israël” C’est pourquoi dorénavant, la terre d’Israël sera pour lui un lieu sacré.

Dans la lecture de l’Évangile, dix lépreux viennent à la rencontre de Jésus. Parmi eux, un Samaritain, un étranger. Encore là, Dieu n’écarte personne. Mais comme le prescrivait la loi juive, les dix malades se tiennent à distance, pas le droit de les approcher, car la lèpre les exclue de la communauté, faisant d’eux littéralement des hommes morts. Le Samaritain est doublement exclu car, en plus, il est vu comme un sectaire, un marginal face à la religion officielle. Cependant, alors que tous sont guéris, lui seul revient sur ses pas “en glorifiant Dieu à pleine voix”. L’évangéliste ajoute: “Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce”. Il remercie parce que sa prière a été exaucée mais il réalise surtout que Dieu a été présent et qu’il a agi en sa faveur par le Christ Jésus. Non seulement il voit celui qui l’a guéri, mais il reconnaît en lui son Sauveur. Il a obtenu la guérison du corps, il a été purifié de tout ce qui faisait de lui un exclu, mais, plus important, il a été guéri au plus profond de son coeur. La guérison du lépreux est un signe de notre propre guérison dans le Christ. Quand il revient sur ses pas, il n’exprime pas seulement de la gratitude, mais il reconnaît au nom de tous les croyants, l’amour de Dieu manifesté dans le Christ. Son action de grâce, comme celle de Naaman, est un acte de foi. Si les neuf autres ont été guéris, ce qui fait le bonheur du Samaritain, c’est la joie d’avoir rencontré son Sauveur. Alors Jésus peut lui dire: “Relève-toi et va; ta foi t’a sauvé!”... Tu es un homme neuf!.

Nous sommes rassemblés encore une fois pour célébrer l’Eucharistie. Nous pouvons assurément remercier Dieu pour les fruits de la terre et tout ce que nous recevons de sa bonté. Pour nous cependant, le premier motif d’action de grâce c’est avant tout l’amour de Dieu manifesté dans le Christ. En effet, quand nous célébrons la messe, nous rendons grâce à Dieu qui agit dans le Christ et par son Esprit dans nos vies. L’Eucharistie c’est un sacrement, celui de notre salut accompli par Jésus sur la croix. C’est aussi un sacrifice de louange, d’action de grâce pour l’oeuvre de la création. Toute la création qui est comme résumée dans le pain et le vin (le pain c’est en condensé la semence, la récolte, la transformation de la farine et la boulangerie... le vin c’est la culture du raisin, la vendange, le travail du pressoir, la fermentation, etc...) En somme ce sont les bienfaits de la nature qui se joignent au travail humain qui sont présentés au Père à travers la mort et la résurrection du Christ. En Lui la création est comme transformée et amenée avec Lui dans sa Résurrection. Par lui, l’Église peut donc offrir un acte de louange et de remerciement pour tout ce que Dieu a fait de beau, de bon et de juste dans sa création et dans toute l’humanité. Tout ce qu’Il nous réserve lorsque paraîtront les cieux nouveaux et la terre nouvelle, nous est annoncé.

Comme l’apôtre Paul, nous nous souvenons de “Jésus-Christ, ressuscité d’entre les morts.
Il est notre salut, notre gloire éternelle”. C’est pourquoi, malgré les épreuves et les difficultés de la vie, nous comptons sur son amour. Comme nous le chantons si bien: “Si nous sommes morts avec Lui, avec Lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec Lui nous règnerons!” Il est notre assurance! Et tout est gratuit. Donc mille mercis.

vendredi 1 octobre 2010

HOMÉLIE DU DIMANCHE 26 sept 2010

RÉFLÉCHIR ET METTRE LES PENDULES Á L’HEURE

Les milieux politiques et sociaux prennent de plus en plus conscience de la cassure entre les riches et les pauvres, à l’échelle de la planète, mais aussi dans nos propres milieux. La parabole de ce dimanche veut nous y faire réfléchir et mettre les pendules à l’heure si possible.

Le récit de Jésus met en scène deux hommes situés aux deux extrémités de l’échelle sociale de son époque. Il y a un super-riche gavé de bonne nourriture qui porte des vêtements de luxe et à sa porte, un pauvre hère qui se meurt dans un état de délabrement total. Il n’est pas dit que le riche soit un mauvais homme, il ne maltraite pas le pauvre, il ne le chasse pas, mais il l’ignore carrément, aveugle à sa situation.

Est-ce que ça ne ressemble pas au contraste que nous constatons actuellement? Sur la planète une population à l’aise, avec des dépenses parfois luxueuses, et tout près, vus par l’intermédiaire des médias, des millions de gens qui meurent de la faim, du sida ou de la violence guerrière. Qu’on pense à Haïti qui en plus, a subi un tremblement de terre, qu’on pense au Pakistan avec plusieurs millions de personnes déplacées, d’autres pays où l’on s’entend pour parler de nouveaux génocides. On est devant un monde brisé en deux.

Alors que le riche de la parabole semble indifférent, insensible, imperméable à la misère de Lazare, parce qu’il ne la voit pas... nous on ne peut pas l’être, à moins de fermer les yeux. Il m’arrive des fois à la télé de changer de poste parce que ce que j’y vois est intolérable, v.g. la souffrance des petits enfants africains qui meurent de faim. On pourra dire que le monde est bien mal fait... la faute n’en revient pas au Seigneur. Ce monde a été créé avec des ressources considérables, suffisantes, pour que les humains y vivent en frères et soeurs , en se partageant les richesses et les biens naturels. Mais la tendance à accumuler, à garder égoïstement pour soi est inscrite dans la nature, à moins qu’on en prenne conscience et qu’on la corrige avec la grâce et la lumière de Dieu.

Cette parabole nous avertit des dangers de la richesse qui peuvent refermer une personne sur elle-même et la porter à détourner son regard des autres. Le riche de la parabole n’a plus le temps de se décentrer de son bien-être et de voir le pauvre à sa porte. Il ne lui fait pas de mal, il l’ignore. C’est l’abbé Pierre qui disait: “il serait bon qu’on ait une petite fenêtre cassée en hiver quelque part au sous-sol ou dans son garage, pour qu’on sente le froid qui fait grelotter le pauvre ou qu’on entende son appel à l’aide!” Un passage frappant de la parabole c’est l’abîme que le riche constate après sa mort entre lui et la patrie d’Abraham où le pauvre a été recueilli. On pourrait croire qu’il y a là un châtiment, la conséquence d’une punition de Dieu. En réalité le fossé entre le riche et le pauvre avait été creusé bien avant, sur la terre; dans l’au-delà il devient un abîme qu’on ne peut plus franchir. Jésus avait dit d’ailleurs: “Tout ce que vous n’avez pas fait au plus petit d’entre les miens, c’est à Moi que vous ne l’avez pas fait.” Le riche n’a pas été seulement dur de coeur, mais un peu myope et assez dur d’oreille.

On notera que Jésus nomme le pauvre homme du nom de Lazare, ce qui veut dire en hébreu “Dieu aide”.... Dieu relève le pauvre, il lui viendra en aide un jour. Il n’a aucun appui sur le présent, il est tout entier tourné vers Dieu et son Royaume de justice. Voilà la grâce qui l’habite. Si Dieu ne l’exauce pas tout de suite, c’est peut-être pour qu’il soit une question, un signal, une interrogation qui pourrait secouer le riche et peut-être le sauver. Il lui rend service en quelque sorte en lui permettant de sortir de sa torpeur et de partager un peu de ses biens. C’est en ce sens qu’on parle souvent dans les évangiles des situations inversées: Dieu élève les humbles et renvoie les riches les mains vides...

Le riche finalement plaide pour ses frères qui sont encore vivants; il demande à Abraham de leur envoyer une sorte de fantôme, une apparition spectaculaire qui pourrait leur faire peur! Celui-ci lui répond: ils ont Moïse et les prophètes... qu’ils les écoutent. Ils ont aussi des pauvres qui leur tendent la main. En somme, la foi est une décision personnelle qui ne peut être provoquée de façon magique ou par la peur.

On pourrait se dire face à ces propos: nous on n’est pas immensément riches, on n’a pas ces grandes fortunes. Ces richesses qui me ferment les yeux ce serait plutôt tout ce qui m’accapare et aveugle mon coeur, ce qui m’empêche de porter attention aux autres, de partager avec eux mon amitié, mon temps, mon écoute et même parfois mon pain. Félicitons-nous des gestes de partage que nous posons par ailleurs. Il y en a heureusement! Par exemple, notre projet Brompton-Haïti.

La conclusion de cette parabole est la même que celle de dimanche dernier. Jésus nous dit: au lieu de faire de l’argent le socle ou la base de son existence pour finalement être déçu, qu’on s’en serve donc comme un instrument de partage, de communion, qu’il devienne l’expression de notre souci des plus faibles. Mgr Blanchet, ancien évêque de Gaspé écrivait déjà: “.... les siècles futurs ne jugeront pas notre début du 21e siècle sur son matérialisme, sur sa permissivité sexuelle ou sur les difficultés du couple ou de la famille...mais sur le fait qu’à des milliers d’exemplaires Lazare est mort de faim à notre porte, tout près de nos tables bien garnies...” Les personnes qui ont eu déjà l’occasion de vivre quelques jours en Haïti... en retiennent une expérience qu’elles n’oublient pas; pour ma part je la souhaite à qui voudrait bien la tenter...

Demandons au Seigneur ce (matin) d’ouvrir nos yeux et nos oreilles afin de percevoir sur la planète ou plus près de nous la situation ou la voix de celui/celle qui vit dans la détresse. Ouvre mon coeur Seigneur!

vendredi 10 septembre 2010

HOMÉLIE DU DIMANCHE LE 12 SEPTEMBRE 2010

LE VISAGE DE DIEU

L’Évangile nous manifeste un visage de Dieu avec lequel nous ne sommes pas encore trop familiers, tellement il va à l’encontre de nos peurs, de nos sentiments spontanés à son égard. C’est la joie de Dieu, un visage rayonnant du bonheur de retrouver et d’accueillir ce qui était perdu. Visage de Dieu étonnant qui rompt avec celui du juge impitoyable dont nous l’avons si souvent affublé ou masqué. Un Dieu-gendarme, un Dieu qui se venge ou encore qui permet à des kamikazes de faire sauter des bombes contre ses ennemis. Notre Dieu est tout autre...

Ce visage c’est Jésus évidemment qui nous l’a dévoilé à travers son propre comportement à lui; on n’aurait pas trouvé ça tout seuls. Jésus accueillait les publicains et les pécheurs; on dirait aujourd’hui la populace. Ces gens-là venaient à Jésus pour l’écouter. Ils avaient deviné les sentiments qui remplissaient son cœur, ils se sentaient reconnus, aimés malgré leurs péchés, malgré le mépris dont les enveloppaient les bien pensants de l’époque, ceux qu’on nomme les pharisiens. Ils retrouvaient près du Seigneur un sens à leur vie. Cette joie aussi débordait du cœur de Jésus; il la partageait en mangeant avec eux, en s’invitant même à l’occasion chez eux, comme chez Zachée. “Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux”.

Mais les autorités, du haut de leur fidélité à la Loi, récriminaient; ils n’admettaient pas qu’un honnête homme fréquente ces gens-là. Par un série de paraboles successives Jésus leur décrit (et nous décrit) la véritable attitude de Dieu, son ardeur à rechercher le pécheur, sa joie lorsque celui-ci revient, joie qu’il veut partager avec toutes ses créatures. Regardons d’un peu plus près ces paraboles.

Abandonner un troupeau dans le désert, lieu de tous les dangers, pour partir à la recherche d’une seule brebis perdue, ça défie notre logique. Le contraste que met Jésus entre les 99 brebis restées au pâturage et une seule fugueuse, ça accentue encore le prix que Dieu attache au salut de chaque être humain. Sommes-nous conscients de cette attitude de Dieu envers nous? Avons-nous nous-mêmes ce souci de rejoindre et de sauver ce qui se perd? Regardons dans nos milieux. Ça devrait influencer nos priorités pastorales et notre cheminement personnel de foi. La brebis perdue peut aussi représenter une part de nous-mêmes. N’avons-nous pas à l’occasion une part d’égarement dans nos vies? Sommes-nous conscients de la joie de Dieu quand nous revenons vers Lui? Son visage alors n’est pas celui d’un juge impatient mais celui d’un Père aimant.

Au redépart d’une année pastorale, c’est bon de s’en souvenir!

Regardons de nouveau le berger sur les traces de sa brebis manquante; on l’imagine scrutant les buissons ou chaque ravin ou amas de rochers. Regardons aussi la femme qui met la maison sans dessus dessous à la recherche de la pièce de monnaie égarée. On dirait aujourd’hui le billet de loto gagnant qu’on a mis on ne sait plus où... L’Évangile note finement qu’ils cherchent jusqu’à ce qu’ils retrouvent... rien ne peut décourager leur volonté de recouvrer à tout prix ce qui leur était si cher. Si la femme a retrouvé sa pièce d’argent et le berger sa brebis, c’est en raison de leur initiative et de leur détermination. Le Seigneur ne se décourage pas de nos insouciances, de nos abandons, de nos lenteurs, de nos surdités à ses appels. En retour, nous ne devrions pas briser le dialogue avec des personnes en révolte ou en rupture avec l’Église, que ce soit des jeunes rebelles ou dans le monde des adultes. Plutôt que de couper les ponts, demeurer ouverts, continuer la recherche. En somme emboîter le pas à notre Dieu en quête de ses enfants égarés. Faire tout pour lui procurer la joie des retours...

La dernière parabole, nous ne l’avons pas lue car nous la connaissons bien; c’est d’ailleurs la plus célèbre des Évangiles, c’est celle du Père prodigue. Jésus va plus loin en nous montrant que Dieu est un Père qui a des entrailles de mère, un excès d’amour pour ceux/celles qui se sont éloignés de Lui.. Le père donne l’ordre de rétablir son fils rebelle dans sa dignité première; il ne sera pas un serviteur ou un simple ouvrier dans son entreprise. Il est son enfant bien-aimé. Tout cela non à cause des mérites de celui qui revient mais à cause de la bonté ce celui qui l’accueille. Surtout que le fils qui est revenu ne l’a peut-être pas fait par amour pour son père mais, mêlé sans doute à un peu de repentir, par intérêt personnel.

Voilà le visage de notre Dieu dont Jésus a prouvé la vérité par toute sa conduite. Un Dieu qui pourrait punir, qui pourrait faire patienter, faire peser son désaccord envers ceux et celles qui ont vécu sans tenir compte de lui. Au contraire, c’est parmi les pécheurs que son Amour peut donner sa pleine mesure. Le seul obstacle que nous pourrions mettre, c’est de nous croire tellement du côté des justes que nous finissions par ne plus avoir besoin de son pardon.

Demandons au Seigneur de bien comprendre son message et de nous ouvrir sincèrement à Lui qui nous aime à ce point. Il a envoyé son Fils sur terre, au cœur de notre humanité, justement pour qu’il ramène, non à coup de bâton mais sur ses épaules chaque brebis perdue. Qu’il nous donne d’accueillir dans la confiance cette Bonne Nouvelle et la joie d’une telle tendresse.

Mettons cette nouvelle année sous l’enseigne de la bonté du Père. Rassemblés pour célébrer l’Eucharistie, prenons conscience que le Seigneur nous invite à entrer dans son amour, dans une communion profonde avec lui. Ainsi se développera en nous le goût de devenir les témoins de sa compassion et de sa joie autour de nous, à la maison, dans le quartier ou dans notre paroisse.