vendredi 26 février 2010

Homélie 1ere Carême Jésus nous tend la main

Jésus nous tend la main

Premier dim. du Carême 2010
Aujourd’hui, Jésus nous tend la main et nous offre de marcher à nos côtés durant ces quarante jours du Carême qui débute. Il nous donne l’exemple parce que chacun de nous connaissons des tentations dans le champ de nos faiblesses, de nos instincts, de nos fantasmes, de nos appétits. Nous avons toutes et tous des points faibles. Jésus a accepté d’être tenté lui-même pour nous enseigner comment on peut vaincre et remporter la victoire sur ces terrains. Les trois tentations de Jésus nous montre que sa Passion n’a pas duré seulement une douzaine de jours ( comme on voit dans les films) mais s’est déroulée tout au long de son ministère. Les trois tentations au désert résument ce contre quoi il devait constamment lutter. Tentation de la possession, de l’avoir, tentation du pouvoir facile et de l’idolâtrie...

Nous aussi, le désir de posséder nous incite à miser notre vie sur le matériel, avec cet appétit d’accumuler les biens, les plaisirs jusqu’à y perdre le vrai sens de la vie, à y sacrifier notre âme. Le vertige aussi de contrôler, qui nous incline à tasser les autres, les dominer: la volonté de puissance, de faire plier l’autre par la force. Enfin, il y a aussi l’ivresse de paraître, de parader, qui nous pousse au désir d’être admiré, adulé. Les médias sont souvent la courroie de transmission de cette soif de paraître: qu’on pense à tous les Stars Académie, les Canadian ou American Idols, etc....

Personne, aussi croyants que nous soyons, n’est à l’abri. Ces tentations sont subtiles, elles sont véhiculées par l’air du temps. Elles arrivent au moment où l’on s’en attend le moins. “Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation” dira Jésus à ses amis inconscients. Nous avons tous des zones de fragilité, un défaut de la cuirasse que nous connaissons ou que nous ne découvrons qu’après coup.

Jésus a voulu connaître ces tentations pour se faire proche de notre condition. Les tentations au désert l’ont atteint justement au moment où il était le plus fragilisé: il avait faim après un long jeûne, il n’avait pas d’autres pouvoirs que celui du service et de l’amour de ses frères et soeurs, il était seul, méconnu, dénué de toute réputation. Mis au pied du mur!.

Durant son long séjour au désert, le peuple de l’Ancien Testament, tenté lui aussi, avait craqué; les gens avaient réclamé des miracles pour de la nourriture en abondance, avaient adoré le veau d’or à l’exemple des peuples païens, avaient tenté de forcer la main de Dieu. Jésus, lui, a tenu le coup. C’est pourquoi il est devenu notre modèle, notre guide, notre force de résistance.

Première tentation, celle de la possession des biens: “puisque tu es divin, fais du pain avec ces pierres. Dans tous les quartiers du monde, fais surgir des supermarchés où tout est gratuit: la chaîne Jésus de Nazareth Inc. Tu seras très populaire, les gens vont te suivre les yeux fermés”. Jésus rétorque au démon: “Ce n’est pas seulement de pain matériel que l’être humain doit vivre... la parole de Dieu est aussi une nourriture.” Dans notre monde où les biens surabondent et où l’on peut même s’y noyer, trop souvent l’essentiel est oublié ou remis à plus tard. Viens nous libérer Seigneur, donne-nous la faim et la soif de l’essentiel: la vraie vie reçue à notre Baptême que ta Parole et ton Pain viennent entretenir, développer en nous de semaine en semaine...

Seconde tentation: “Tu pourrais être fameux, connu de toute la terre, si tu entres dans le système. Incline-toi devant le pouvoir de l’argent, vois tous ces royaumes, je te les donne”. Jésus répond: “C’est le Seigneur ton Dieu seulement que tu adoreras!” Les idoles veulent prendre la place de Dieu. Elles sont encore nombreuses aujourd’hui et n’hésitent pas à s’appeler idoles, de leur vrai nom. Les médias nous tiennent au courant de leurs amours, de leur aventures. Le peuple s’en nourrit avec ce goût d’insignifiance qui force à toujours y revenir. Une idole par définition c’est seulement du décor, de la crème fouettée sur rien . Nous avons besoin d’appuyer notre vie sur du solide. Tourne ton coeur vers le Père, fais-lui confiance! C’est ce que Jésus a fait; par la prière il a été constamment en contact avec son Père du ciel. Il a fait sa volonté jusqu’au bout. Malgré une apparence d’échec total de sa vie, il l’a finalement réussie.

Troisième tentation: forcer la main de Dieu en l’obligeant à prendre nos responsabilités. Nous organisons souvent notre vie sans le consulter et si ça va mal, nous le lui reprochons. Arrive une épreuve, on la lui met sur le dos, alors qu’on se passe bien de lui le reste du temps. “Jette-toi en bas du mur du Temple, fais du “bungee” sans élastique et Dieu sera bien obligé de te ramasser au dernier moment.” Jésus répond: “Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.” Apprends-nous Seigneur à demeurer en dialogue avec Toi pour que notre vie soit conforme à ton projet sur nous.

Voilà les tentations que Jésus a vaincues. Nous faisons face à certaines d’entre elles. Malgré leur côté laborieux, elles sont comme des cadeaux puisqu’elles nous permettent de grandir dans la confiance et de nous réfugier près de Lui. Les épreuves nous ramènent à notre dignité d’êtres humains créés libres et capables de choisir entre le bon et le mauvais. C’est en fait la main de Dieu qui se tend vers nous et nous demande notre “oui” à sa volonté de salut et de vrai bonheur pour toutes et tous. C’est l’occasion de réaffirmer notre confiance en l’action discrète de notre Dieu car souvent nos manques, nos pertes, nos souffrances la remettent en question. Il est difficile de faire confiance quand on souffre, mais cet acte de foi est notre planche de salut. Puissions-nous, surtout en ce temps de Carême, savoir discerner les empreintes digitales de notre Dieu dans les événements de chaque jour. Puissions-nous nous placer avec confiance entre les mains du Père pour hériter de la belle liberté propre à ses enfants.

mercredi 17 février 2010

HEUREUX OU MALHEUREUX

Homélie 6e dim. Ord. 14 fevrier 2010
Heureux ou malheureux, “ tamti-deli-delam”chante Gilles Vigneault. Être heureux, n’est-ce pas le rêve de tout le monde? Si on tape le mot “bonheur” sur l’Internet, dans un moteur de recherche, on obtient 30 millions de suggestions de sites à visiter. C’est clair, la recherche du bonheur est une préoccupation universellement répandue!

A chaque début d’année on échange nos voeux: on parle de santé, de prospérité et d’un peu de bonheur avant la fin de vos jours (...) Le bonheur, mais de quoi est-il fait? Il y a l’amour bien sûr, le bonheur de se sentir aimé et d’aimer. Heureux les couples qui fêteront aujourd’hui la St-Valentin. Malheureux le monsieur qui a oublié d’apporté des fleurs, du chocolat, ou de faire une réservation au restaurant!

Le bonheur c’est aussi un minimum de moyens matériels. L’argent ne fait pas le bonheur, mais ça rend le malheur un peu plus supportable. Comme disait l’autre: “ça pourrait aller mieux mais ça coûterait plus cher!” La course au bonheur est en lien avec ce que l’argent permet d’acquérir: de la sécurité, un certain confort, des plaisirs. Les médias nous le promettent et on essaie de nous vendre tout ça (qui n’a pas rêvé d’avoir des abdos bien sculptés!). Qui ne s’est pas laissé tenter d’acheter un billet pour le gros Lot qui en une soirée peut faire des millionnaires? D’autres se tournent vers des paradis artificiels, par l’alcool, le jeu ou la drogue. Pour d’autres enfin, le bonheur réside dans l’épanouissement personnel, la promotion illimitée du Je-Me-Moi. On veut être bien dans sa peau et encore plus. Pourtant la course au bonheur fait bien des victimes d’épuisement personnel ou de dépression.

Jésus nous propose aujourd’hui un drôle de bonheur dans l’Évangile des béatitudes. Jésus n’est pas contre le bonheur, il prononce ce mot tellement souvent. Il nous dit: voulez-vous être heureux, je vais vous donner mon secret. On pense et on dit souvent dans les médias que Dieu est contre le bonheur, que les religions n’ont apporté que des guerres et des affrontements. C’est le discours officiel (la pensée unique au Québec!) quand on parle de l’héritage judéo-chrétien qui n’aurait cultivé que la culpabilité, la hantise du péché, où tout plaisir ou toute réjouissance étaient défendus. Il fallait se priver ici-bas et tout endurer en attendant la récompense au ciel. Et quelle récompense: être assis sur des tablettes pour écouter la musique des anges. Ça doit être long!

Là-dessus l’Église n’est pas sans reproches non plus. On a insisté parfois beaucoup plus sur les exclusions et les interdits, plutôt que sur la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui nous aime. Les béatitudes elles-mêmes peuvent être mal comprises quand elles sont lues au premier degré. L’Idéal serait d’être pauvre, d’avoir faim, de pleurer, de se laisser taper dessus....drôle de bonheur! Jésus ne fait pas l’éloge de la pauvreté ou de la détresse humaine. Il ne veut pas condamner en nous la joie de vivre. Il nous rappelle que Dieu nous aime trop pour que nous réduisions notre bonheur à notre seule réussite matérielle. Les béatitudes invitent à un certain renoncement qui va à contre-courant de l’idée généralement admise du bonheur. Car les biens matériels apportent toujours une insatisfaction. On le voit dans la tentative de toujours accumuler davantage, dont on est témoin dans les procès, suite aux scandales financiers. Dans cette recherche de bonheur, au fond, n’est-ce pas Dieu que nous cherchons, celui seul qui est capable de donner la vraie paix et la joie du coeur? Le chemin que Jésus nous propose passe par la vie concrète avec ses épreuves bien assumées, sans tentative de fuite ou d’évasion, qui débouchent sur la résurrection. Et ceci dépasse la vie terrestre.

On en a peut-être assez de ce monde encombré d’objets où on rêve de posséder toujours plus. De ce monde où on se soucie davantage du profit des actionnaires que du bien-être des travailleurs/euses. De ce monde qui gaspille, sans se soucier du lendemain, les ressources naturelles. Si on opte comme beaucoup de gens aujourd’hui, pour la simplicité volontaire, la gratuité dans le don, la fraternité, la justice, la vie prendra une toute autre couleur, même si on se rend compte qu’on rame à contre-courant. Si on en a assez de ce monde qui produit du maïs pour fabriquer du carburant pour les autos, alors qu’un milliard de personnes souffrent de la faim. Alors que d’autres jettent leurs surplus pour garder les prix plus élevés.

Devenir plus conscient de ça c’est avoir faim et soif de la justice, peut-être pour un moment pleurer avec ceux qui pleurent (en Haïti). C’est mieux que de favoriser la loi du plus fort, la dureté du coeur, la vengeance. Oser la miséricorde et le pardon c’est goûter intérieurement une grande satisfaction. Si on en a assez de ce monde qui méprise ce qui vient de Dieu, qui ridiculisent les croyantes et les croyants, si on ose le dire, on ne fera pas l’unanimité mais on éprouvera un contentement réel. Vivre quotidiennement dans la foi et la conviction que Dieu marche avec nous, s’appuyer sur les promesses du ressuscité, c’est trouver au fond de soi un bonheur que le monde ne peut donner. Essayez et vous verrez, nous dit Jésus aujourd’hui. Faites ça et vous vivrez!strong>

samedi 6 février 2010

Homélie 5e Dimanche Ordinaire 2010

HOMÉLIE DU 5E DIM. ORD. 2010

Les lectures de ce dimanche nous présentent trois personnages: Isaïe, Pierre et Paul. Chacun à sa façon a fait l’expérience de Dieu dans une vision qui l’a marqué pour le reste de sa vie. Cette situation spéciale c’est d’avoir été témoins d’une puissance surnaturelle qui les a bouleversés. Ils sont des visionnaires au vrai sens du mot. Des visionnaires, il y en a à d’autres niveaux. Des personnes qui savent anticiper, appréhender l’avenir avec justesse. Quand Jean-Paul II a été élu, il avait dit, face au bloc communiste: “N’ayez pas peur!” Deux décennies plus tard, le mur de Berlin s’effondrait avec le reste de l’empire marxiste. Nelson Mandela aussi face à l’apartheid en Afrique du sud. Un jeune qui a vu à la t.v. Neil Armstrong marcher sur la lune en 1969, se dit qu’il sera astronaute un jour et ça se réalise, comme ce fut le cas pour Mme Julie Payette. C’est cd qui s’est produit pour beaucoup d’athlètes qui participeront aux prochains jeux Olympiques de Vancouver. Tout jeunes, ils ont admiré tel ou tel athlète et cette vision d’avenir a soutenu leur persévérance pour aller jusqu’au bout de plusieurs années de préparation+sacrifices..
Ça été vrai aussi pour des fondateurs d’ordres religieux, S. François d’Assise qui aperçoit dans une vision une église à rebâtir; Ste Jeanne d’Arc a vu la France à libérer de la domination anglaise. La vision de ces personnes, qu’elles soient religieuse, scientifique, athlétique ou culturelle, est formée à partir d’intuitions ou de rêves, de désirs et d’espoirs qui ont orienté leur avenir, motivé leurs efforts.
L’importance des personnages bibliques que nous rencontrons dans les lectures d’aujourd’hui est en proportion de la force, de la vivacité, de l’intensité de leur vision. Isaïe a une vision de la sainteté de Dieu, que Dieu est au-delà de ce qu’on peut imaginer (on dit transcendant). Un vrai tremblement de terre dans sa vie. Il est tellement secoué qu’il trouvera le courage de rappeler au roi les exigences divines, qu’il dénoncera les infidélités du peuple. Le fait de voir le Ressuscité sur le chemin de Damas a complètement transformé la vie de s. Paul. Reviré bout pour bout: lui le persécuteur des chrétiens devient leur plus grand missionnaire, avec un zèle apostolique infatigable. Pour ce qui est de Pierre, qui porte la lourde culpabilité d’avoir renié son Maître, la pêche miraculeuse va le remettre en confiance. Malgré toutes ses limites, il proteste auprès de Jésus de son amour et son engagement pour lui va aller jusqu’au don de sa vie.
Ces trois hommes n’ont pas choisi leur mission; elle leur est tombée dessus. Ils l’ont reçue de Dieu qui avait reconnu leurs aptitudes naturelles pour annoncer l’Évangile. Leur première réaction à cet appel en est une d’humilité, de peur même... “Seigneur je ne suis pas digne!” Devant la sainteté de Dieu, Isaïe se reconnaît pécheur. Mais une fois purifié, il accepte d’être le messager du Très-Haut. Paul, s’il en est un, se croit indigne d’être appelé apôtre mais il s’en remet au Seigneur.”Ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu qui est avec moi!” Pierre à son tour se reconnaît honteux de sa conduite antérieure: “Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur” Pourtant il laisse son métier de pêcheur auquel il était retourné après la mort de Jésus, pour devenir son témoins privilégié comme chef de l’Église.
Avons-nous eu une vision de ce genre à un certain moment de notre vie. C’est possible. Il ne s’agit pas d’expériences grandioses ou fulgurantes comme une apparition, une lumière aveuglante, une pêche miraculeuse. Pour ma part je me voyais, étant jeune, comme missionnaire en Amérique Latine. Ça ne s’est pas réalisé tel quel mais il reste que le Québec aujourd’hui est bien devenu un pays de mission. Donc, c’était pas si fou! Pensons à un moment où notre vie a pris une nouvelle orientation. Un coup de foudre qui vous a fait choisir telle compagne ou tel compagnon de vie. Il paraît que des fois c’est bien fort! Pensons à la naissance d’un commerce, d’une entreprise suite à une invention dont on avait rêvé. Pensons à ces moments où on comprend qu’on doit s’engager davantage dans sa famille, dans sa paroisse, pour son pays. Beaucoup de gens vont se rendre bientôt en Haïti suite à ce genre de rêve. Nous sommes tous/es appelés à contribuer à l’oeuvre de Dieu. Cet appel passe par le désir, un rêve personnel: développer tel talent, même à un âge avancé, s’engager dans une action communautaire. Nous sommes appelés à être des femmes et des hommes visionnaires. Avoir une vision canalise nos efforts, nos énergies. Tout cela peut venir de Dieu, de l’action de l’Esprit-Saint. Si ça réussit, on pourra dire comme s.Paul; “Ça dépassait mes faibles moyens... mais je le suis devenu par grâce de Dieu.”
Par les temps qui courent il faut se rendre attentif aux appels de Dieu. Le Seigneur est toujours présent dans le monde mais il agit par notre intermédiaire. Pour assurer l’avenir de notre Église, il nous lance des invitations dans le secret de nos coeurs, en grand respect de nos libertés. Dans cette eucharistie, demandons à Dieu de nous donner une vision de ce que nous pourrions devenir, non seulement comme individu mais aussi comme communauté de foi. Quel avenir entrevoyons-nous pour notre Église? Que sera-t-elle devenue dans cinq ou dix ans? Quel engagement exige-t-elle de nous pour qu’elle puisse continuer encore longtemps à annoncer le message du Christ? Prions Dieu afin qu’il nous donne à nous et à nos responsables une vision de qui nous sommes appelés à devenir comme Peuple de Dieu. Écartons les visions négatives, ça existe aussi! Malgré les peurs et les hésitations, comme Isaïe, Pierre ou Paul, pouvons-nous répondre: “Me voici Seigneur, envoie-moi là où tu me vois porter du fruit.”

jeudi 28 janvier 2010

L'Unité des chrétiens est comme une fête de la Parole

Ce dimanche qui débute la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens est comme une fête de la Parole, où l’on prend conscience de l’importance des textes proclamés dans nos célébrations, que l’Esprit-Saint nous aide à comprendre, de l’importance aussi de l’homélie qui suit. Dans le dictionnaire, l’homélie est souvent définie comme un sermon, une exhortation pieuse. Dans l’Évangile, Jésus lui donne une autre dimension. En lisant le livre du Prophète Isaïe et en proclamant: “ Aujourd’hui s’accomplit la parole de l’Écriture que vous venez d’entendre” il fait la première homélie chrétienne. Vous allez dire: bravo, ça n’a pas été trop long... mais il s’est repris à d’autres occasions! Il affirmait en fait que les promesses de Dieu, que ses hauts faits du passé, se renouvellent en ce moment dans et par sa Personne. Le Royaume de Dieu est arrivé parmi vous... l’Esprit-Saint est sur moi

Cela se passe chez lui à Nazareth. Il revient dans son village après quelques mois de ministère dans la région; il va renouer avec ses habitudes depuis qu’il est enfant. Jésus est un familier de la synagogue et des rites de la prière le jour du sabbat. On lui tend le livre pour qu’il commente un passage pris au hasard. Mais une nouveauté éclate, qui sera insupportable pour plusieurs de ses compatriotes, quand il déclare que le passage du prophète Isaïe se réalise en lui, quand il prend à son compte ces paroles pour décrire sa mission, quand il affirme qu’il agit avec la puissance de l’Esprit.

C’est en ces terme que s. Luc commence son Évangile. Il suit la coutume des écrivains de son temps en disant que d’autres ont déjà raconté les faits et gestes de Jésus mais qu’il veut le faire à son tour, en s’appuyant sur des témoins oculaires, sur des informations sûres. Il en va de la solidité de l’enseignement. C’est donc ainsi que commence le ministère de Jésus. Grâce à l’Esprit-Saint qui est avec Lui, en Lui, il va apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, proposer aux aveugles la lumière, etc....
Jésus peopose un modèle à suivre, pour ceux qui ont la responsabilité de faire l’homélie, pour celles et ceux qui l’écoutent, nous les baptisés. Est-ce qu’il est possible, de dimanche en dimanche, de redire: cette Bonne nouvelle se réalise aujourd’hui, cette semaine, grâce à la puissance de l’Esprit qui agit en nous? J’ai réfléchi quelques instants et je vous relance la question. Un exemple: il me semble que l’organisation de nos catéchèses aux jeunes témoigne de cette présence dans nos communautés de l’Esprit. Dans un délai très court on s’est pris en charge rapidement: c’est un mouvement qui couvre toutes les paroisses du Québec, avec des avancées et des retards compréhensibles cependant.


Cette Parole lorsqu’elle est proclamée à l’église ou dans de petits groupes d’enseignement, de catéchèse, c’est Jésus lui-même qui livre les secrets d’amour de son Père. Si Jésus vient vers nous dans le Pain eucharistique, il s’approche de nous également en nous donnant son Esprit, qui nous permet de mieux comprendre sa Parole et de nous ouvrir à ce don incomparable. Ce sont les deux tables offertes à la messe: la table de la Parole et la table du Pain de vie

Dans la première lecture (au livre de Néhémie), en entendant la parole proclamée, les gens disaient: Amen, Amen en se prosternant. D’autres pleuraient parce qu’ils en avaient été privés durant des années d’exil à l’étranger. La parole les rejoint au plus profond de leur coeur; ils accueillent avec émotion l’annonce de l’amour inconditionnel de Dieu envers eux, lui qui ne les avait pas abandonnés. Je pourrais me demander alors comment la Parole de Dieu me rejoint? Me touche-t-elle vraiment, vient-elle me remuer parfois? Une personne un jour écoutait une homélie sur Jésus le bon Pasteur qui prend soin de ses brebis. Elle avait entendu ce texte des dizaines de fois, mais voici que cette fois ça l’a touché, car elle vit un moment difficile. Depuis lors, elle sait qu’elle ne sera jamais seule lorsque surviendra la maladie ou une autre épreuve. Le bon Pasteur sera là pour la réconforter. Cette conviction nous vient de l’Esprit qui agit en nos coeurs quand ils sont bien disposés.
C’est la responsabilité de ceux qui prononcent l’homélie de favoriser ce climat. De mon temps de formation, on disait qu’une homélie doit comporter une bonne introduction et une bonne conclusion et faire en sorte que les deux soient le plus rapprochés possible. On nous mettait en garde contre les homélies en trois points: soit point de fond, point de forme et point de fin Aussi on disait avec humour que le jour de la Pentecôte, il a suffi d’une prédication de s. Pierre pour faire trois mille conversions. “On vous souhaite de ne pas devoir faire trois mille homélies pour un seul converti.” L’homélie suppose de la part de l’auditoire une capacité d’écoute, une disponibilité, une attente. Et de la part du prêtre ou du diacre, un peu de savoir-faire et une certaine quantité de prière.

Dans un monastère, le père maître des novices interrogeait le jeune frère cuisinier sur l’homélie qu’avait prononcée le père Abbé à la messe du dimanche précédent. Il ne s’en souvient pas du tout Pas un mot Alors il lui fait un peu la morale en disant: “Donc nous on se prépare pour rien, on parle dans le vide” Le jeune réplique en lui disant qu’il entend tout, que c’est beau, mais qu’il ne retient rien “C’est comme lorsque je lave ma salade; l’eau est disparue, mais elle a rempli son rôle. La salade est propre. Je ne retiens pas les paroles, mais mon coeur est renouvelé.”

C’est la grâce que je vous souhaite+
évêques, des prêtres, des diacres. Ce service répond à une nécessité permanente d’un diocèse, d’une paroisse. Il y a d’autres ministères qui reçoivent un mandat de l’évêque: des personnes impliquées depuis un bon moment dans un secteur de la pastorale, reconnues compétentes par leur entourage, comme les agentes de pastorale, les responsables de la catéchèse.
Il y a d’autres services plus spontanés qu’une personne rend pour un temps, soit qu’elle y est invitée, soit qu’elle s’y implique à partir d’un appel intérieur.

L’Église habitée par l’Esprit de Jésus nous apparaît comme une communauté de services, de charismes. Son organisation se fait comme de l’intérieur. Il y a dans une paroisse tous les talents requis pour son bon fonctionnement: c’est à nous de les découvrir, c’est à chacun/e de déceler en soi les appels de l’Esprit. Dans l’Église il y a des structures, une architecture qui la tient en place: c’est la hiérarchie, l’autorité qui vient d’en-haut et qui est nécessaire dans une organisation qui dure depuis 2000 ans . Mais il y a aussi un Esprit intérieur, un Esprit de famille qui réchauffe la fraternité, qui invite à la participation. Cet Esprit nous amène à poser des gestes qui construisent l’Église et par là qui contribuent à un monde meilleur. A nous de les deviner, de les discerner, de sorte que de semaines en semaines on puisse dire nous aussi: l’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a conduit à telle ou telle action....Amen

samedi 12 décembre 2009

Soyez toujours dans la joie

“Soyez toujours dans la joie”

Soyez toujours dans la joie” insistait s. Paul auprès d’une jeune communauté chrétienne. Ce qui est surprenant c’est que lorsqu’il écrit cela, il est en prison. La raison de sa joie c’est la certitude que Jésus reviendra un jour dans la gloire. Sa joie exprimait sa confiance en ce Dieu qui tient parole.
Pouvons-nous adopter les mêmes sentiments aujourd’hui, alors que le monde tente de se relever d’une crise économique touchant tant de personnes et de familles? Comment ne pas être anxieux quand on ne sait pas de quoi demain sera fait, avec toutes les fermetures d’usines et les pertes d’emplois? De plus, il y a la menace sur l’écologie, le réchauffement de la planète qui est le sujet des discussions des grands à Copenhague.
Ce dimanche, toutes les églises chrétiennes du monde sont invitées à sonner leurs cloches à 15h00, en appui aux délégués qui tentent de forcer les dirigeants des grandes puissances à prendre au sérieux l’avenir par des mesures adéquates.

Un jour ou l’autre, nous sommes touchés par des épreuves: maladies, incompréhensions, dureté du travail, échecs de toutes sortes. Lorsque nous regardons la situation de l’Église, on n’a pas toujours le goût non plus de chanter des alleluias! On dit couramment dans les médias que les églises sont vides... par ailleurs, si nous regardons plus loin, autour de nous, il n’y a pas que les églises qui sont vides: comme l’écrivait un lecteur d’un grand journal dans une libre opinion: la salle du conseil municipal est souvent vide, des conseils d’administration de bien des organismes aussi. Les bureaux de vote sont vides, les salles d’associations étudiantes... Il y a pas mal de salles vides au Québec. Même, il va jusqu’à ajouter: le coeur du Québec est vide. Le vide, dit-il, est causé par la négation de quelque chose d’important, le rejet de ce que tisse l’être humain dans ses profondeurs, soit la confiance en l’avenir.
Nous, nous parlons plutôt de l’espérance... la vertu d’espérance: Dieu tient parole... sa lumière se lève! Nous le croyons et par là, la joie ça se cultive!

Alors serions-nous de grands naïfs... quelle est donc la joie à laquelle la parole de Dieu nous invite aujourd’hui? Quelle est sa source? Quand s. Paul lance une appel à la joie, ce n’est pas à une joie facile qu’il nous convie; il est derrière les barreaux et il voit venir sa fin. C’est la préparation et l’attente d’un grand événement qui le met dans cet état. Quand on vit dans l’esprit d’une fête qui s’en vient, tous les efforts se déroulent sans trop de fatigue. Pour un couple qui attend un bébé, l’enfant désiré change déjà leur vie. Il y a des imprévus, des souffrances pour la mère, des questions... mais la joie de l’attente change tout. Ça se voit dans le visage des parents. Quand l’enfant est né, alors là, toutes les anciennes inquiétudes s’évanouissent.

Les lectures de ce dimanche de l’Avent nous invitent à la joie, celle de la préparation de la venue du Christ. A l’époque, qui aurait imaginé que Dieu viendrait demeurer en personne dans notre monde. Les promesses des prophètes ont été dépassées, et de loin!. On espérait la venue d’un envoyé, qu’on appelait le Messie, mais pas son Fils unique. C’était de l’inespéré et de l’inattendu! “Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous!” dira s. Jean. Dieu s’est fait proche de son peuple d’une façon inouie. Si Dieu a ménagé cette surprise un jour, comment ne pourrait-il pas nous surprendre encore?

On peut aussi ajouter que la joie n’a pas pour effet de nous démobiliser. On se réjouit si on est capable d’entraîner avec nous des personnes qui ont le coeur lourd. “Pour redonner à l’être humain sa joie de vivre, disait notre auteur, il faut qu’il se sente appelé à une tâche, à faire quelque chose qui donne sens à sa vie; qu’il se sente connu et aimé pour ce qu’il est et non pour son rendement, qu’il se sente porté par les autres et stimulé à les porter eux aussi.”

En cette période de l’année laissons-nous porter par tous les élans de solidarité et de paix pour un monde plus juste. C’est ce que Jean-Baptiste demandait avec conviction aux gens qui accouraient vers lui pour être baptisés. Il y a de la joie à donner et à constater que nous pouvons être la source d’un peu de bonheur autour de nous. Prendre conscience que ces gestes fraternels, parfois faits de petites choses, c’est Dieu qui les suscite en nous dans notre coeur profond. C’est lui qui peut nous libérer de l’égoïsme, de la violence et de l’injustice. Voilà la conversion qui nous prépare à célébrer Noël dans la joie.

En essayant de semer de la joie autour de nous, n’oublions pas de la cultiver aussi dans nos communautés chrétiennes, qui peuvent parfois souffrir de morosité et de défaitisme. Dans le contexte actuel, la joie n’est pas un luxe, elle est nécessaire comme le pain quotidien. Le Seigneur qui est venu parmi nous et qui habite en nos coeurs est porteur de joie. Il est heureux d’être accueilli et d’établir sa demeure dans notre monde. Pour reprendre les mots du prophète Sophonie: “Il dansera pour toi avec des cris de joie, comme au jour de fête!”

Lucien Deiss un auteur qui a composé beaucoup de chants d’Église écrivait: “Heureuse la communauté qui a la joie comme rubrique principale de sa liturgie... qui, lorsqu’elle partage le pain de l’Eucharistie, partage en même temps l’amour entre frères et soeurs”.
Amen!

vendredi 20 novembre 2009

Ma royauté n’est pas de ce monde

Dimanche du Christ-Roi 2009

Jésus est amené face au gouverneur qui va bientôt le condamner. Celui- ci se drape dans son autorité et entreprend avec lui un dialogue de façon hautaine, dans le style de ce dont on parle dans les palais. C’est pour le ridiculiser: “ On me dit que tu es Roi! Où est donc ton pouvoir?” Jésus, sans le nier, lui répondra: Ma royauté ne vient pas de ce monde”. Pour continuer la rigolade et au mépris de la population, on inscrira d’ailleurs sur sa croix: Celui-ci est le Roi des juifs (INRI).

Les mots qu’on entend dans l’évangile d’aujourd’hui ont peut-être de quoi nous choquer, nous qui vivons dans une société démocratique qui valorise l’égalité des personnes. Les mots de domination, de gloire, de royauté et de puissance sonnent mal à nos oreilles. On a vu comment on a reçu récemment le prince Charles en visite au Québec. La royauté est loin d’être populaire chez nous, comme partout. Les termes suivants ont une connotation négative: - le pouvoir, la loi du plus fort qui sert à écraser les autres, -la gloire, ça ressemble à de la vanité et de l’orgueil; tant de personnes sont prêtes à n’importe quoi pour obtenir un peu de célébrité,-la royauté, c’est passé date, car en son nom on a commis tellement d’abus, -la puissance, qu’elle soit économique ou militaire s’exerce à un prix élevé à payer. C’est en Afghanistan qu’on le voit aujourd’hui (on calcule que chaque soldat envoyé là-bas coûte un million$ par année)

Dans l’Évangile, quand on attribue à Dieu ou à Jésus ces qualificatifs, on ne comprend pas très bien. La perspective d’un Dieu qui s’impose par un grand déploiement de forces peut sans doute plaire à certaines personnes, mais généralement on se sent plutôt menacé, révolté par cette idée d’un Dieu qui pourrait nous écraser s’il le voulait. En fait, évoquer la puissance des grands nous fait réaliser la faiblesse qui est notre lot, nous les gens ordinaires. Devant la maladie d’une personne chère, les suites d’un accident, devant combien de situations de misère que les médias mettent sous nos yeux, qui n’a pas ressenti de la frustration de ne pas avoir le pouvoir de changer les choses? Quand nous affrontons nos limites physiques, économiques, psychologiques ou intellectuelles, qui de nous ne se sent pas limité. Les zones blessées de nous-mêmes, nous ne pouvons pas les faire disparaître à coup de volonté, à force de bras.

Face à cette situation, des gens cultivent de l’illusion, des rêves de changement magique. Attente de fameuses découvertes, de remèdes-miracle qui régleront tous les problèmes de santé. L’imagination entre en jeu pour acquérir du pouvoir. Les jeunes y sont vulnérables, appuyés sur les jeux vidéo, où on peut devenir pour un moment un super-héros, mourir et survivre! On se refuge dans le virtuel avec tous les dangers qui suivent. D’autres, pour lutter contre leur vulnérabilité vont chercher à exercer du contrôle sur les autres par de la menace, de l’intimidation, de la manipulation.

Pour recevoir les textes d’aujourd’hui comme une bonne nouvelle, il faut faire la vérité sur nous-mêmes. Reconnaître qu’on n’est pas Tarzan ni Superman. Réaliser que nous ne sommes pas auto-suffisants. Chacun, chacune d’entre nous a besoin des autres, mais tous ensemble nous avons besoin de Dieu. Nous avons besoin de sa force, non pas pour servir de compensation ou combler nos manques, mais pour nous ouvrir à une autre dimension, la puissance de son Esprit-Saint, qui veut agir dans notre faiblesse.

“Ma royauté n’est pas de ce monde” dit Jésus, c’est autre chose! Devant ses accusateurs il se tient sans défense, sans arme, sans armée. Il révèle toute la puissance de Dieu, une puissance qui refuse la violence, qui respecte la personne. Jésus manifeste que la mort et la violence n’auront pas le dernier mot sur l’amour de Dieu qui est plus fort. La puissance qui a créé le monde et qui le soutient dans l’existence, c’est une puissance de vie et de résurrection, une puissance de don et de pardon, une puissance de vérité, de libération, de miséricorde L’amour de Dieu c’est l’origine et l’aboutissement de tout ce qui existe. Rien ne pourra nous en séparer.
“Rien jamais ne nous séparera de l’amour!”

Si nous nous ouvrons à cette puissance amoureuse de notre Dieu, notre manière de vivre, notre manière d’être avec nous-mêmes, va changer. Ça se produit sans tambour ni trompette. C’est une conversion qui se fait lentement. L’Esprit de Dieu reçu à notre baptême, confirmé plus tard, nous habite de plus en plus et nous rend capables de tenir bon dans les turbulences du quotidien. Il nous marque de la sainteté de Dieu afin que nous formions son temple vivant. C’est un bonne nouvelle qu’il faut répéter pour s’en convaincre. Il y a là toute raison d’avoir le coeur à la fête d’ici Noël malgré tous les malheurs qui peuvent survenir.

jeudi 5 novembre 2009

Homelie des Défunts

Homelie Célébration pour nos défunts 1er novembre 09

Il y a des textes de la liturgie qu’on préférerait sans doute ne pas entendre. Par ex. quand s. Paul nous dit: “Jésus, bien que Fils de Dieu, pour remédier à la désobéissance des hommes, a appris l’obéissance par les souffrances de sa Passion et de sa mort”.On aime pas çà! C’est pourtant le coeur du mystère chrétien qui se dit là, dans ce qu’il comporte d’essentiel et en même temps de scandaleux et de surprenant.

En effet notre temps est marqué, plus que par le passe, celui de nos parents et grands parents, par le refus et la peur panique de la souffrance de tout genre, qu’elle soit physique ou psychique, affective ou morale et même spirituelle. On est angoissé devant la souffrance, on dépense une énergie incroyable, on fait des efforts considérables pour effacer la souffrance de notre quotidien, pour nous adoucir la vie le plus possible. Regardons la précipitation vers les centres de vaccination contre la grippe. On voit même des personnes qui vont se donner la mort pour arrêter de souffrir, sans penser qu’ils feront ainsi souffrir très durement tout leur entourage.
Pensons à la gamme des tranquillisants dont on est les grands consommateurs dans les pays riches, au Québec par ex., pensons à ces techniques mentales venues d’Orient qui visent à éteindre, à tuer le désir: si on cesse de désirer quoi que ce soit on ne souffre plus, on devient indifférent à tout. D’autres au contraire vont opter pour une vision optimiste de la vie en se disant que la souffrance est une illusion, qu’on n’a qu’à se durcir, à refuser de regarder les choses en face. On vit dans le meilleur des mondes. Il n’y a rien de chrétien là-dedans!

Si on revient à Jésus, c’est en évoquant son heure, ce moment où il va affronter la souffrance et la mort qu’il explique à ceux qui désirent dialoguer avec lui, ce que signifie ce qu’il appelle sa glorification. S’Il est descendu parmi nous c’est comme le grain de blé tombé en terre, c’est pour être ensuite élevé de terre afin d’attirer tout à Lui. Le grain de blé, tout le monde sait que placé dans la terre humide il se défait, il se désagrège, il meurt, mais une vie nouvelle apparaît en lui et il produit des centaines de grains dans l’épi qui sort de terre. C’est à travers ce retournement, cette étrange transformation, que Jésus essaye de faire comprendre à ses disciples ce qui va lui arriver. Sa mort conduit à la vie en abondance.

Ce passage par la souffrance et la mort, Jésus ne l’affronte pas comme une simple formalité, une obligation tracée d’avance. Il déclare même: “Maintenant je suis troublé!” “Ça me fait peur!” rien à voir avec ces héros qui défient la mort avec orgueil, ces pseudo-martyrs de la violence. Jésus n’a rien d’un kamikase qui se donne la mort pour prouver une cause, en vue d’une récompense imaginaire. Il y a des sages des religions orientales qui cherchent la mort le sourire aux lèvres en disant “y a rien là”. Jésus au contraire est angoissé. Par son attitude, il rejoint la part la plus profonde de nous-mêmes, la peur de la mort. Il a voulu être un être humain jusqu’au bout. En vérité, si on veut bien y réfléchir, au fond tout le monde a peur de la mort. A moins de s’engourdir dans la drogue ou de vivre dans le monde virtuel des jeux vidéo où la mort est irréelle.

Il ne faut pas oublier cependant que le christianisme n’est pas une religion où on exalte la souffrance, ou on aime l’exposer pour la regarder. Je pense à ces images ou ces crucifix d’autrefois où des âmes pieuses ajoutaient du sang autant qu’elles pouvaient. Bien au contraire, c’est parce que Dieu désire que nous soyons des êtres vivants, que la douleur et la mort ne trouvent aucune justification dans les Évangiles. Jésus dit: “Je suis venue pour qu’ils aient la vie, et la vie en abondance”. A ceux qui voudraient y voir la punition d’une faute, Jésus répond que les gens, victimes d’une tragédie n’étaient pas plus pécheurs que les autres. On se souvient de l’épisode où une tour en construction s’était effondrée entraînant la mort de beaucoup d’ouvriers: on lui avait demandé: Est-ce là une punition parce que ces gens étaient mauvais? Aujourd’hui on pourrait demander: est-ce que le Sida, la grippe H1N1 est une punition du bon Dieu. Jésus dit non. Il n’explique pas la souffrance comme tenterait un philosophe: il l’affronte courageusement car il croit que Dieu est le Dieu de la vie et que la mort n’aura pas le dernier mot.

Ce chemin, Jésus ne le présente pas comme un chemin de destruction, mais comme l’unique moyen de porter du fruit, un chemin de gloire. C’est toujours présent dans son enseignement, de différentes manières. Cette idée selon laquelle celui/celle qui accepte de se départir de sa vie, la gagnera. Les paraboles dont sont enjolivées les évangiles sont remplis de ces formules. Celui qui accepte de mourir vivra! Mais ce passage vers la vie véritable signifie quand même pour nous un déchirement, une brisure, une cassure qui engendrent un grand malaise, un sentiment de vide.
Jésus ne méprise pas notre peur, il ne la minimise pas. En acceptant de la traverser, c’est comme s’il nous prenait par la main, nous serrait dans ses bras pour nous faire passer des eaux sombres de la mort vers la lumière. Seuls, nous serions incapables de nous jeter à l’eau, de désirer accoster sur l’autre rive. C’est pourquoi il est passé le premier, pour que nous puissions le suivre, à notre tour, nous attirant tous vers Lui!

Nous sommes réunis dans cette église pour nous souvenir de nos défunts, principalement des personnes qui nous ont quittés au cours de la dernière année. Notre foi chrétienne nous assure qu’elles sont dans la vie et la paix de Dieu, et qu’elles ont franchi le passage que Jésus a ouvert pour nous.

Profitons de cette messe pour faire monter dans nos coeurs le visage de ces personnes et dire merci à Dieu de les accueillir près de Lui!